Astrid Tomczak-Plewka
C’est à l’âge de 16 ans qu’elle a disputé sa première course de Coupe du monde en snowboardcross à Saas-Fee. Vingt ans plus tard, elle travaille désormais dans un bureau à l’Université de Stanford en Californie du Nord où, depuis le mois d’août dernier, elle mène des recherches sur les risques climatiques et météorologiques. Lorsqu’elle a fait ses débuts en Coupe du monde en 2005, la Grisonne fréquentait encore les bancs de l’école cantonale de Coire. Et, au moment de terminer sa carrière professionnelle en 2018, elle était en plein milieu de ses études de master. Ces informations témoignent à elles seules la force de caractère de Simona Meiler. « Je veux tester mes limites et assouvir ma curiosité, dit-elle. Et j’ai toujours une motivation intrinsèque. » Son intérêt pour l’environnement est une affaire de famille : son père dirigeait une entreprise de construction durable, tandis que sa mère est enseignante et éducatrice spécialisée.
La conscience écologique revêtait une importance capitale dans la maison familiale. « Dans les années 90 déjà, nous achetions nos légumes chez des agriculteurs bio locaux, alors que ce n’était pas encore à la mode », se souvient Simona, âgée aujourd’hui de 35 ans. Si elle s’est consacrée tôt au snowboard, elle souhaitait aussi nourrir sa curiosité intellectuelle. Physique, philosophie, langues : « J’aurais pu m’imaginer faire des études dans de nombreux domaines », affirme-t-elle. Son choix s’est porté sur les sciences des systèmes de l’environnement. « Ce cursus est conçu pour façonner des ponts entre les disciplines et cela m’a tout de suite fascinée. »
Mieux cerner les risques liés aux cyclones tropicaux
Dans sa thèse de doctorat défendue à l’EPF de Zurich, Simona Meiler s’est penchée sur les risques et les impacts des cyclones tropicaux. Les destructions qu’ils causent devraient augmenter à l’avenir. Toutefois, les prévisions quant à l’ampleur des dégâts restent très incertaines. Pour explorer cette incertitude, Meiler a combiné différents modèles climatiques et de tempêtes tropicales, des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, ainsi que des hypothèses sur le développement économique et la vulnérabilité des sociétés. Son objectif ? Identifier les facteurs qui influenceront ces risques à l’avenir. Ses résultats montrent que l’augmentation du risque n’est pas seulement liée à des tempêtes plus puissantes. La croissance de la population, l’expansion de l’urbanisation dans des régions côtières menacées et l’insuffisance des mesures de protection y contribuent également.
« Une compréhension sans précédent des incertitudes »
En fonction du modèle de cyclone tropical utilisé, les estimations des risques divergent fortement. Le choix du modèle est donc aussi une grande source d’incertitude dans les calculs. Comprendre ces incertitudes et les facteurs qui les influencent est essentiel pour aider à prendre des décisions concrètes – par exemple pour la protection des côtes ou la planification urbaine. David N. Bresch, directeur de thèse de Simona Meiler, souligne que son travail propose une « quantification consistante à l’échelle planétaire des risques climatiques futurs » ainsi qu’une « compréhension sans précédent des incertitudes » dans le processus de modélisation. Pour ce travail, Simona Meiler se voit décerner le Prix Schläfli en géosciences. « Je suis extrêmement ravie de recevoir cette distinction. La recherche est souvent un processus solitaire et les éloges ne viennent pas tout de suite. » Une réalité qui lui est bien familière grâce à sa carrière sportive : « Ça a été une bonne école de la vie, confie-t-elle. J’ai appris à composer avec des horizons temporels plus longs. » Un cycle olympique dure à chaque fois 4 ans – c’est à peu près aussi long qu’un travail de thèse.
Prudemment optimiste
Avec sa recherche, Simona Meiler espère contribuer à façonner l’avenir. De l’avis d’un grand nombre de jeunes, cet avenir n’est pas rose – il est même parfois sombre. Lui arrive-t-il à elle aussi de se sentir découragée face aux faits et aux données ? « Il y a des moments où je suis incertaine », dit-elle, malgré sa nature optimiste. « Mais je suis aussi réaliste. » Et elle veut continuer à garder espoir. « Les êtres humains ont une capacité d’adaptation remarquable », constate-t-elle et prend pour exemple la pandémie de coronavirus. « Nous avons soudainement été mis dans une situation inimaginable. La société s’est toutefois aussi très rapidement adaptée et a pris des mesures collectives que nous n’aurions jamais pu imaginer auparavant. »
Le sport joue toujours un rôle important dans le quotidien de Simona Meiler, même si elle ne poursuit plus d’objectifs compétitifs. « J’ai besoin d’activité physique afin de contrebalancer mes performances intellectuelles », explique-t-elle. Pour ce faire, elle explore sur son VTT la côte pacifique de sa région d’accueil ou elle se dépense à fond au crossfit. Elle ne pratique cependant que très rarement le snowboard – les stations de sports d’hiver étant trop éloignées et trop chères. Son post-doctorat à Stanford se termine en août 2026. Ensuite, elle espère bien revenir en Suisse. « On verra s’il y a une place pour moi dans la recherche. »