PhD en remodelage tissulaire et estimation du délai post mortem
Université de Lille. Date limite de candidature: 28. April 2026

Apports innovants de la datation ¹⁴C à l’expertise médico-légale : remodelage tissulaire et estimation du délai post mortem
Profil et compétences recherchées
Le profil recherché correspond à un(e) doctorant(e) issu(e) d’une formation de niveau Master (ou équivalent) en géochimie / sciences de la Terre, archéosciences, chimie analytique, physico-chimie, ou encore en biologie avec une forte orientation vers les approches physico-chimiques. Une appétence indispensable et vérifiable pour la chimie est attendue, attestée par une expérience concrète de laboratoire. Le(la) candidat(e) devra également présenter un intérêt marqué pour les problématiques de datation radiocarbone. Des compétences en analyse de données seront appréciées, tout comme une rigueur méthodologique et une bonne maîtrise de l’anglais scientifique. Enfin, le projet exige des motivations fortes pour la thématique, au croisement des sciences analytiques et des applications médico-légales, avec une aptitude à évoluer dans un environnement interdisciplinaire où l’éthique et les contraintes opérationnelles font partie intégrante du travail de recherche.
Résumé du projet de thèse
Lorsqu’un corps est découvert, l’estimation du délai post-mortem (DPM) constitue un élément déterminant de l’enquête médico-légale : elle éclaire les circonstances du décès, contribue à l’identification du défunt et possède une portée juridique, l’action publique en matière criminelle étant soumise à un délai de prescription. Si, pour les DPM précoces, l’évaluation s’appuie sur des marqueurs biologiques et physico-chimiques bien établis, les phases de décomposition avancée et de squelettisation restent entachées d’une forte incertitude liée à l’interaction complexe de facteurs intrinsèques (âge, sexe, état physiologique et pathologique) et extrinsèques (conditions de dépôt, environnement). Ce projet doctoral se situe au cœur d’un enjeu international puisqu’il ambitionne de consolider les applications médico-légales de la datation radiocarbone dans les contextes récents (post-1950). L’approche repose sur l’exploitation du pic de ¹⁴C atmosphérique induit par les essais nucléaires des années 1950–1960 (bomb-pulse), qui constitue un repère chronologique sans équivalent pour estimer les dates de formation des tissus biologiques. Malgré son potentiel démontré en archéologie, les limites de l’approche liées au remodelage tissulaire, à la variabilité inter- et intra-individuelle et à la convergence post-2010 des niveaux atmosphériques de ¹⁴C demeurent insuffisamment caractérisées pour un usage opérationnel. L’objectif de cette thèse est d’améliorer la précision, la robustesse et la transférabilité de l’estimation des années de naissance et de décès, par une stratégie comparative multi-tissus, intégrant explicitement les effets du remodelage et stratifiée selon l’âge et le sexe. L’originalité tient à la combinaison d’un référentiel d’échantillons issus de sujets documentés (sexe, âge, dates de naissance et de décès, anamnèse), d’un échantillonnage multi-tissulaire systématique et d’analyses à haute résolution spatiale. Les prélèvements seront réalisés sur des corps de donneurs du Centre du don du corps de la Faculté de Médecine de Lille, dans un cadre éthique validé, et conservés sur la plateforme de taphonomie expérimentale FATE. Pour élargir la couverture chronologique, le référentiel sera complété par une série ostéo-archéologique récente disposant d’une documentation contextuelle riche. Pour chaque individu, des tissus à cinétiques de renouvellement contrastées seront prélevés (tissus dentaires, os cortical, os trabéculaire, phanères) afin (i) de modéliser l’effet du remodelage sur le « lag time » (différence entre les dates réelles et estimées), (ii) de préciser les conditions d’applicabilité sur des sujets récents et (iii) d’optimiser les stratégies d’échantillonnage en contexte médico-légal et archéologique. La datation sera réalisée par spectrométrie de masse par accélérateur (AMS, MICADAS), adaptée à des matrices biologiques hétérogènes et à de faibles masses d’échantillon. Des développements visant des microéchantillons incrémentaux permettront d’explorer la variabilité inter- et intra-tissulaire des âges radiocarbone. Le projet s’inscrit dans les axes de l’ULR7367 et mobilise une collaboration stratégique formalisée avec le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (UMR 8212, CEA/CNRS/UVSQ) et le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (Ministère de la Culture), afin d’assurer la préparation des échantillons, la mesure, la calibration et l’interprétation des données. Les retombées attendues incluent des recommandations opérationnelles (choix des tissus, incertitudes, applicabilité post-2010), des modèles de correction liés au remodelage et un gain de fiabilité pour l’identification et la datation en contexte judiciaire. En articulant savoir-faire géochimiques et problématiques médico-légales, le projet contribuera au rayonnement scientifique et méthodologique de la recherche française en sciences médico-légales.
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